Forum Alternatif Mondial de l'Eau

Un atelier sur l’eau est aujourd’hui proposé à Dakar, première étape du Forum Alternatif Mondial de l’Eau qui sera organisé à Marseille en 2012 en contrepoint du forum du Conseil mondial de l’eau. Des dizaines de militants ont fait le déplacement.

Tous les militants qui ont signé l’appel de Marseille le 3 septembre dernier ont aujourd’hui les yeux rivés sur Dakar. Depuis presque cinq mois, des représentants d’une trentaine d’associations ou de syndicats, rejoints par les partis politiques progressistes se sont en effet engagés à organiser le Forum alternatif mondial de l’eau en 2012, en parallèle au Forum mondial assuré par le Conseil mondial de l’eau. Et d’emblée, ils s’étaient exhortés à le faire « avec d’autres organisations nationales et internationales ». Aussi, plusieurs dizaines de personnes ont fait le voyage jusqu’au Sénégal pour participer au Forum social mondial. Aujourd’hui, Attac co-organise ainsi un atelier consacré aux expériences africaines.

Une vraie politique mondiale de l’eau

Pourquoi un alterforum de l’eau ? « Parce que nous contestons la légitimité du conseil mondial de l’eau à organiser ce qui prétend réfléchir et déterminer une politique mondiale » expose en préambule Jacques Cambon, militant d’Attac en charge de la commission eau. « Le forum officiel n’est qu’un événement commercial. Les multinationales ont déjà montré leur incapacité à régler le problème, un problème de taille puisqu’un milliard de personnes n’a pas accès à l’eau potable. Or, les multinationales ne sont pas là pour donner de l’eau mais pour la vendre. Ce qui est logique puisque, ce qu’elles savent faire, c’est investir et vendre à un prix correspondant aux amortissements et aux bénéfices. Mais la question d’accès à l’eau des plus pauvres, de ceux qui ne peuvent pas payer, reste entière. D’autant que c’est désormais un droit puisque les Nations Unies l’ont reconnu connu comme tel en 2010 ».

Confier aux peuples la recherche de solutions et définir une vraie politique mondiale de l’eau : telle est donc l’ambition du forum alternatif. D’où la pertinence de l’étape dakaroise, les forums sociaux mondiaux étant là pour aborder tous les problèmes auxquels les populations sont confrontées et permettre aux sociétés civiles de s’organiser.

Les organisateurs marseillais ont déjà planché sur une trame générale : « Les questions de ressources, de leur gestion et leur préservation, celles des conséquences sur la santé, du droit à l’eau, la captation, la distribution, la recherche… » liste Josiane Teissier, autre militante d’Attac. Mais à Dakar, ce sont des expériences concrètes qui vont être rapportées, en milieu urbain ou en zone rurale. « Les villes sénégalaises sont par exemple correctement équipées suite à des investissements de l’Etat dans les années 80. Mais leur gestion en a été confiée à une entreprise privée en affermage. Or, les finances publiques étant aujourd’hui en difficulté, l’Etat voudrait se tourner vers une concession », développe Jacques Cambon.

Les erreurs des multinationales et les expériences réussies

Autre exemple, dans un village malien, où des équipements modernes ont été pris en main par les villageois soutenus financièrement par des Maliens expatriés en France et l’Agence française de développement. « L’idée est de procéder à un recensement des erreurs des multinationales, des raisons de leur départ de Djakarta, du Gabon, de Buenos Aires ou de Cochabamba… Mais aussi des expériences qui fonctionnent, que ce soit des initiatives communautaires ou des récentes tentatives de partenariat public-public, bien plus porteurs d’espoir que les partenariats public-privé qui ne sont qu’un leurre pour permettre aux collectivités de ne pas afficher d’emprunt mais qui se révèlent très coûteux au final », poursuit le militant.

Un atelier spécialement consacré au forum alternatif de l’eau à Marseille sera organisé demain. L’objectif est de présenter la démarche mais aussi d’inviter aux participations. « Notre forum ne doit pas être franco-français ou européen. Il doit avoir une dimension internationale et nous tenons à une dimension concrète » poursuit Jacques Cambon. « Il faut que des alternatives qui fonctionnent y soient présentées et il faut que les acteurs du changement viennent y prendre la parole ».

Les Français n’ont cependant pas le monopole de la question et d’autres ateliers sont organisés. Tel celui du « Transnational institut », un organisme hollandais qui pose les mêmes problématiques mais avec des interlocuteurs différents, notamment des africains anglophones. Sans oublier, les événements où la question sera abordée parmi d’autres, comme le forum des autorités locales.
Pour fédérer toutes ces paroles, un ultime événement est programmé en fin de forum intitulé l’assemblée de convergence. C’est précisément là que se préparera la suite, le plan de travail pour œuvrer, internationalement, à la préparation du Forum alternatif mondial de l’eau.

— Entretiens Angélique Schaller pour le journal La Marseillaise

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