Eau et Extractivisme: du Nord au Sud, un modèle, des luttes.
Mines, puits de pétrole et de gaz, plantations ou élevages industriels, barrages hydroélectriques géants…, tous les jours, de nouveaux territoires sont transformés en zones de sacrifice destinées à fournir matières premières et énergie. L’exploitation à grande échelle de la nature et de ses « ressources » s’accélère de façon exponentielle dans les pays du « Sud », enfermés dans ce « rôle » depuis l’époque des colonies. Bouleversements sociaux et transformations culturelles inévitables, altérations souvent irréversibles des écosystèmes, pollutions aux effets dévastateurs pour la santé, – les impacts des industries extractives sont connus et dénoncés. Au Nord aussi, la prédation avance : la récente avalanche de projets d’exploitation d’hydrocarbures dans les pays occidentaux montre bien que, même si les contextes diffèrent, aucun territoire n’est définitivement épargné. Partout, au Sud, comme au Nord, éclatent des conflits entre populations victimes ou menacées, entreprises et pouvoirs publics. Dans de nombreux endroits de la planète, s’organisent des résistances, se structurent des mobilisations et naissent des mouvements populaires qui s’opposent aux « mégaprojets » d’exploitation de la nature.
« L’eau vaut plus que l’or », – proclament les graffitis sur les murs des villes et villages d’Argentine, du Pérou, de Colombie… et d’ailleurs, « Boire ou conduire, il faut choisir », – scandent les militants anti-gaz de schiste français. L’eau, qui « n’a pas de prix », est, presque toujours, au centre de ces combats. Fréquemment, l’accès à l’eau, sa disponibilité ou sa qualité se voient directement menacés. Chaque industrie a son « livre noir». Les mines à ciel ouvert polluent les cours d’eau et les aquifères (produits toxiques et métaux lourds provenant de drainages acides), dégradent les zones de recharge hydrique, détériorent les glaciers et le permafrost. Dans des régions déjà victimes de stress hydrique, des millions de litres d’eau sont utilisés quotidiennement pour les activités minières au détriment des besoins des populations. L’extraction d’hydrocarbures de schiste requiert aussi d’énormes quantités d’eau. Chaque opération de fracturation hydraulique consiste à injecter dans le sous-sol entre 10 et 20 millions de litres d’eau, mélangée à du sable et des adjuvants chimiques, dont une partie seulement remonte à la surface et dont le retraitement pose de sérieuses questions. L’exploitation pétrolière a un lourd passif : pollutions de l’eau douce et de l’eau de mer, accidentelles (marées noires) ou systématiques (delta du Niger, Amazonie équatorienne ou péruvienne…) qui provoquent de véritables tragédies environnementales, sanitaires et humaines. Les grands barrages hydroélectriques sont à l’origine de la disparition des poissons de nombreux fleuves, ce qui équivaut à la destruction des économies locales basées sur la pêche. La liste est longue…
Le terme « extractivisme » nous vient de l’Amérique hispanophone. Faisant référence, au départ, aux activités extractives au sens strict (mines et hydrocarbures), il est de plus en plus utilisé dans les milieux universitaires et militants pour désigner, par extension, l’accélération de toutes les activités d’exploitation des ressources naturelles à échelle industrielle (y compris l’agriculture chimique et jusqu’aux infrastructures facilitant ces différentes activités) et la place centrale de ces secteurs d’activité pour les économies exportatrices de matières premières. Enfin, « l’extractivisme » définit aussi l’une des caractéristiques essentielles du système économique et social dominant, qui ne peut assurer sa pérennité et sa reproduction sans l’extraction continue des « ressources naturelles ». La surexploitation de ces « ressources » fournit effectivement une base matérielle indispensable à nos économies de croissance et à nos sociétés de consommation. L’exploitation de la nature au meilleur prix (et donc sans égard pour l’environnement ni pour les hommes) conditionne aussi la promesse du « développement » pour les régions et les pays qui restent condamnés à poursuivre cet horizon, toujours fuyant, mais tellement nécessaire pour que les rouages qui garantissent la prospérité des prospères ne cessent de tourner.
Pendant le FAME, représentants de communautés paysannes et indigènes, membres d’assemblées populaires et de collectifs citoyens, universitaires et associations de différents pays du monde se retrouveront autour des activités de l’axe thématique « eau et extractivisme » afin de partager expériences et idées, construire des stratégies pour contrer l’extractivisme sous ses multiples facettes et réaffirmer la centralité de l’eau comme source de vie et bien commun de l’humanité, tout en se posant la question des alternatives au modèle actuel de société. Ces différentes réflexions ne pourront être que poursuivies grâce aux articulations que le forum nous permettra de créer.
[ *Note : Le sens donné au terme « extractivisme » en Amérique hispanophone et ailleurs dans le monde est différent de son usage au Brésil, où il désigne plus spécifiquement les activités de prélèvement et de commercialisation des produits « de la forêt » non-cultivés (gommes, fibres, fruits, bois, etc.). ]
Les ateliers de la thématique « Eau et extractivisme » se dérouleront les 15 et 16 mars:
- Jeudi 15 mars, 10h-12h30 au Dock des Suds E
Or noir contre or bleu: résistances citoyennes face à l’avancée des transnationales pétrolières.
Avec l’épuisement des réserves conventionnelles d’hydrocarbures, la course à d’autres gisements, en particulier non conventionnels, est devenue mondiale, les compagnies pétrolières repoussant chaque jour la frontière du possible mais surtout de l’acceptable, au prix d’impacts toujours plus lourds pour les peuples et l’environnement. En particulier, quel que soit le type de projet, l’extraction de ces hydrocarbures affecte fortement l’eau avec des conséquences environnementales et sociales irrémédiables et partout sur la planète : au large des côtes, en pleine mer, sur terre, tant dans les forêts primaires que dans les « zones humides », autour des mégapoles… Comment les populations s’organisent pour résister face aux multinationales ? Les outils juridiques à leur disposition étant rares, quels peuvent être leurs moyens d’action ?
- Jeudi 15 mars, 13h-18h00 au Cabaret Rouge 3
Eau et industrie minière en Amérique latine: désastres écologiques, résistances sociales.
Si l’histoire de l’exploitation des métaux pour l’exportation à grande échelle a débuté en Amérique dite « latine » avec la colonisation espagnole et portugaise, les dernières décennies ont été témoins d’une accélération fulgurante des projets miniers dans la région (l’Amérique latine est devenue dans les années 2000 la première destination mondiale des investissements dans l’exploration minière). Les mégaprojets miniers, menés en grande majorité par des corporations transnationales, vont invariablement de pair avec de graves impacts sociaux et environnementaux (destruction des écosystèmes et des « systèmes de vie » des communautés natives et paysannes, occupation des territoires, transformations culturelles et sociales) et mettent tout particulièrement en danger la qualité et la disponibilité de l’eau, que l’industrie minière utilise en énormes quantités (en compromettant l’accès à l’eau des populations locales, en dégradant et polluant les sources, en détruisant les glaciers, etc.). L’expansion de la « méga-industrie minière » provoque de nombreux conflits et résistances de la part des communautés victimes ou menacées, souvent criminalisées et brutalement réprimées. La série de trois tables rondes « Eau et extractivisme en Amérique latine » fait intervenir des acteurs directs de ces mouvements populaires, qui nous aideront à comprendre le contexte et les fondements de l’essor minier actuel, à connaître les principaux impacts des exploitations minières à grande échelle, à comprendre les motifs et les stratégies des mouvements de résistance et à réfléchir sur les outils et les moyens d’action.
- Vendredi 16 mars, 10h-12h30 au Cabaret Rouge 2
« De l’eau qui fait pschitt » : l’eau et les hydrocarbures de schiste. Atelier.
En de nos nombreux points de la planète, les entreprises pétrolières et gazières ont jeté leur dévolu sur des ressources énergétiques dont l’extraction nécessite des techniques extrêmement destructrices pour l’environnement et nocives pour les populations, comme la fracturation hydraulique et de nombreuses autres techniques de stimulation de la roche ou des gisements. La fracturation hydraulique – ou ‘fracking’- gaspille des précieuses ressources d’eau et pose un risque énorme pour la qualité d’eau.
Partout, et notamment contre l’exploitation des gaz et huiles de schiste, se développent des résistances pour s’opposer à ces pratiques, préserver les territoires et développer des alternatives. Ainsi, suite à des mobilisations citoyennes, la fracturation hydraulique est actuellement interdite, ou sous des formes diverses de moratoire ou restrictions, dans plus de 90 lieux de la planète pour une demi-douzaine de pays.
Cet atelier, réunissant des expériences de différents pays, aura pour fonction de partager des informations, échanger sur la situation dans nos pays, servir de caisse de résonance internationale à nos luttes et discuter des prochaines initiatives communes au niveau européen et international.
- Vendredi 16 mars, 13h-15h30 au Cabaret Rouge 2
Eau et barrages.
L’objectif de cette table ronde est de débattre de la relation entre l’eau et les barrages hydroélectriques à partir de deux perspectives : la perspective militante des luttes locales contre les barrages et une vision plus générale, celle qui cherche à connaître les contextes politique et économique à l’intérieur desquels sont mis en place les projets de génération d’hydroélectricité. Cette table ronde cherche à unir des représentants de la société civile et des victimes des barrages hydroélectriques pour une meilleure compréhension des tendances et impacts du développement de l’hydroélectricité.
- Vendredi 16 mars, 15h30-18h00 au Cabaret Rouge 2
Contrer l’extractivisme, défendre l’eau. Table ronde de synthèse de l’axe thématique.
Cette table ronde réunira les participants aux différentes activités de l’axe thématique « eau et extractivisme » (hydrocarbures, gaz et pétrole de schiste, mines et barrages) pour un débat « intersectoriel », où les différents groupes pourront présenter leurs conclusions et entamer une réflexion commune sur les moyens d’action et l’intérêt des articulations. A partir du travail initié lors du FAME, la défense de l’eau sera-t-elle l’élément fédérateur pour construire des convergences concrètes et utiles entre les mouvements très divers qui combattent les multiples visages de l’extractivisme, au Sud, comme au Nord?
La présentation complète des ateliers « Eau et extractivisme »








