Forum Alternatif Mondial de l'Eau

La  contamination de l’eau par des métaux lourds vient d’être officiellement reconnue dans la communauté de Caimanes au nord du Chili.

La Police d’Investigation Chilienne (PDI) a informé la communauté de Caimanes des résultats d’un rapport démontrant la contamination de l’ensemble des sources et réseaux alimentant en eau la communauté par des métaux toxiques tels que le mercure, le cadmium, le manganèse issus de l’extraction minière par la Mine Los Pelambres. Jusqu’alors la pollution de l’eau, pourtant dénoncée par les habitants avait été démentie par les autorités chiliennes.

Le  Docteur Andrei Tchernitchin s’était rendu au FAME et y avait déjà exposé la concentration anormalement élevée de manganèse dans les eaux alimentant la communauté (cf lien vidéo) ainsi que les conséquences pour les êtres humains : «Le mercure  produit des dommages irréversible au niveau du système nerveux (..) le manganèse peut provoquer la maladie de Parkinson et certaines démences (..) le cadmium attaque principalement le système osseux».

Pour la présidente du Comité d’eau potable de Caimanes, María Isabel Vilches, ce rapport sonne comme une mort annoncée. «Cela fait longtemps que nous appréhendions ces résultats et que nous luttions contre l’installation du bassin de déchet toxique construit par la Mine Los Pelambres, mais personne ne nous a écouté. Les autorités ont prétendu que la Mine opérait dans les règles. Aujourd’hui ce rapport nous tombe dessus comme une douche froide  (..) il est étonnant que les rapports précédents provenant du Ministère de la Santé étaient bons». Il aura en réalité fallu qu’un groupe de scientifiques dirigé par le Docteur Andrei Tchernitchin fasse des recherches à la demande des habitants de Caimanes pour que la lumière soit faite.

En absence d’information des autorités, les habitants, qu’ils soient agriculteurs, commerçants, qu’ils travaillent pour la mine, les enfants de l’école… tous consommaient encore de l’eau alors que les terribles résultats donnent à penser que la contamination remonte déjà à plusieurs années (le réservoir de déchets toxiques qui atteint aujourd’hui près de 300 mètres de haut a été édifié en 2008). L’usage impropre de l’eau a été reconnu non seulement pour la consommation humaine mais aussi pour les animaux, l’agriculture. Pour ce village d’agriculteurs-éleveurs de 2000 habitants, cette annonce est un coup de plus dans l’escalade de violations des droits fondamentaux initiée avec le projet d’installation d’un bassin toxique à quelques kilomètres du village malgré le refus des habitants et malgré leurs actions non-violentes. Les quelques agriculteurs/éleveurs qui ont survécu à la progressive disparition de l’eau sont aujourd’hui informés que le fruit de leur travail est désormais proscrit, que leurs bêtes et aliments sont contaminés à  jamais, qu’ils sont eux-mêmes probablement en danger pour avoir voulu vivre de leur terre.

Face à l’annonce du rapport attestant du danger de la consommation d’eau sous toutes ses formes, le Comité d’eau potable de la localité de Caimanes (entité autogérée par la communauté) a immédiatement décidé de cesser la distribution de l’eau empoisonnée. De même, toute irrigation a été stoppée. Mais  comment vivre sans eau ? Les habitants demandent aux autorités sanitaires de réagir d’urgence.

Lire aussi un article en espagnol de El Observatado

Rapport présenté au Conseil des droits de l’homme de l’ONU par France Liberté et le MRAP sur la «Situation des droits de l’homme de la communauté de Caimanes (Chili) face à l’activité minière»

Categories: Histoires d'Eau

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