Forum Alternatif Mondial de l'Eau

IMIDER, Maroc – A près de 1500 mètres d’altitude dans l’Atlas Marocain, un minuscule camp de retranchement a pris forme sur une colline depuis deux ans. Les petits bâtiments de pierre ont un air de gaîté avec leur graffiti, et il y a un musée en plein air. On voit sur de nombreuses portes des inscriptions significatives rappelant par exemple le Révérend Martin Luther King ou Mère Térésa. Sur la digue d’une retenue d’eau, quelqu’un a peint le visage d’un militant local qui est en prison en raison d’une accusation que les gens d’ici considèrent comme fabriquée de toutes pièces.

C’est un peu surprenant de voir une telle installation à cet endroit, mais il y a une raison à cela: l’opposition à l’expropriation par une société d’exploitation minière d’un précieuse ressource en eau, ainsi qu’à la pollution causée par la mine.

Les habitants viennent d’Imider, une municipalité qui compte 6000 personnes dispersées dans sept villages et qui avoisine la mine d’argent la plus productive d’Afrique.

Mais si la région est riche en argent, elle compte une des populations les plus pauvres du Maroc. Les gens d’Imider disent que s’ils en veulent à la mine, c’est parce qu’elle ne leur apporte rien, à part la pollution. Et il y a deux ans, quelques-uns d’entre eux ont gravi la colline et ont coupé l’alimentation en eau de la mine. Depuis ce moment, ils occupent la colline et continuent le combat contre la Compagnie Métallurgique d’Imiter, et par voie de conséquence, contre le roi du Maroc, qui en est le principal propriétaire.

« Nous étions prêts à négocier », dit Brahim Udawd, 30 ans, l’un des leaders du mouvement de contestation, en parlant des événements qui ont amené l’occupation de la colline. « Mais personne n’a prêté attention à nous, et donc nous avons fermé la vanne d’alimentation. Ils prennent l’argent et nous laissent les déchets. »

En ce moment, cette colline, le Mont Alebban, est relativement calme. Les femmes viennent tous les jours faire la cuisine dans les petites maisons en pierre et participent aux réunions stratégiques que les villageois organisent régulièrement.

« Cela fait deux ans et demi que nous sommes ici, et personne n’entend nos cris de détresse, » dit Mina Ouzzine, 40 ans. « J’ai voté oui à la nouvelle constitution parce que j’espérais du changement, plus d’égalité. Nous sommes égaux, mais égaux dans la pauvreté. »

En 2011, quand les révolutions arabes ont amené la chute des dictateurs en Egypte et en Tunisie, le roi du Maroc, Mohammed VI, s’est arrangé pour endiguer la contestation en proposant une révision de la constitution qui attribue plus de pouvoir à un gouvernement élu et plus de liberté aux Marocains. Mais cela n’a apporté aucune aide aux gens d’ici.

Certains disent que le conflit d’Imider est avant tout idéologique, mais pour d’autres, il ne s’agit pas seulement de gens ordinaires qui manifestent pour obtenir de meilleures conditions de vie, mais d’un problème plus profond qui se retrouve à l’échelle de la planète dans les conflits qui impliquent les grandes compagnies minières.

L’occupation de la colline a commencé pendant l’été 2011, après que des étudiants qui avaient l’habitude de trouver des emplois saisonniers aient été renvoyés. Cela amena les autres villageois, y compris ceux qui avaient du travail, à se solidariser avec les étudiants en paralysant les activités de production de la mine. L’une des principales revendications des villageois était que 75% des emplois de la mine soient réservés à leur collectivité.

« Plus la mine est grande, plus l’industrie a un capital important et moins il y a d’emplois », déclare Gavin Hilson, spécialiste de l’exploitation minière et du développement à l’université de Surrey Business School. « Même si la politique mise en place est de créer des emplois, il n’y a pas tant d’emplois que cela de créés ».

C’est exactement ce qui se passe avec le conflit pour l’eau. Les villageois disent qu’ils veulent que l’entreprise soit tenue responsable des dégâts environnementaux qui sont la cause de maladies, de la mort du bétail et de la désertification.

« Dans les années 1990, j’avais des arbres, des fruits, de l’huile, des amandes, » déclare Bou Tahar, 70 ans, agriculteur. Mais ils sont morts après que la mine a commencé à prendre l’eau, dit-il, ajoutant: « Depuis que nous avons réduit le débit en 2011, nos puits commencent à se remplir de nouveau. »

D’après Mr. Hilson, les revendications de ce genre ne sont pas rares. « Quand on fonctionne dans un endroit comme celui-là où il y a pas mal d’habitants, ce serait suicidaire de les priver de l’accès à l’eau, ou d’en arriver au point où les villageois commencent à s’agiter à propos de la consommation d’eau » Il ajoute : « C’est toujours un défi de fonctionner dans un environnement de sécheresse. On a des problèmes avec l’eau, avec l’élimination des déchets, avec la vie des habitants, parce que tout tourne autour de l’eau. »

La société rejette catégoriquement les accusations des habitants et affirme qu’une étude d’impact environnemental a montré qu’il n’y a pas de contamination de l’eau, ni de dommages à l’environnement. La société dit que la mine a été certifiée conforme aux normes environnementales mondiales et qu’elle a installé des systèmes d’irrigation pour les agriculteurs.

Farid Hamdaoui, l’un des responsables de la mine, affirme : « Nous prenons beaucoup de précautions, et nous ne polluons ni l’eau ni le sol autour de la mine. Nous recyclons 62% de l’eau que nous utilisons, et nous avons l’autorisation de l’Etat pour pomper l’eau dont nous avons besoin. »

Des représentants de la société disent que leur capacité de traitement a baissé de 40 pour cent en 2012 et de 30 pour cent en 2013, quand les villageois ont fermé une de leurs sources d’approvisionnement en eau. Ils utilisent actuellement une autre source dans l’espoir de compenser ces pertes.

D’après Mr. Hamdaoui, bien que le roi en soit le principal actionnaire, la société n’a eu droit à aucun traitement de faveur de la part du gouvernement. Il ajoute que la société consacre plus d’un million de dollars par an à la construction d’écoles et à l’aide à des projets de la collectivité.

« Nous ne nous substituons pas à l’Etat, mais nous travaillons avec l’Etat à un programme social dynamique. Malheureusement, la mine ne peut pas résoudre tous les problèmes de chômage de la région. », dit encore Mr. Hamdaoui.

Les militants, qui se désignent comme le « Mouvement de la suite de 96 », en référence à une action du même genre, en 1996, qui fut réprimée par les autorités, affirment cependant que la société reçoit en fait un traitement de faveur de la part de l’Etat.

Le gouverneur ainsi que les élus refusent de s’exprimer sur le conflit, qui est dans une impasse depuis que les négociations ont été interrompues en novembre.

Après chacune des réunions qui se tiennent au pied de la colline, les villageois retournent à pied chez eux en faisant un signe avec trois doigts, un pour la langue Berbère, un pour la terre et un pour l’humanité, dans l’espoir que leur appel soit entendu.

Une femme nous dit : « Le roi nous a oublié. Il voyage partout dans le pays en aidant les gens, mais il ne vient jamais dans cette région. Il est notre père, mais il a oublié ses enfants. »

traduction en français d’un article de Aida Alami dans le New York Times

Categories: Dans la presse

1 Reponse jusqu'ici.

  1. DEL TEDESCO James dit :

    Il faut absolument aider ces gens , cette lutte contre les mines devient un problème mondial. Je viens de vivre , au Mexique , cette triste expérience , notre mouvement s’ appelle Frente Amplio Opositor a Minera San Xavier.