Forum Alternatif Mondial de l'Eau

Hanna Huryna, Jan Pokorny.
ENKI o.p.s. Dukelska 145, 37901 Trebon, République Tchèque.

Introduction

La désertification est liée au problème de dégradation des terres dans les régions arides, semi-arides et sub-humides arides en raison de la perte de végétation, de la perte d’humidité des sols et de leur érosion par l’eau. La détérioration des sols et de la couverture végétale a impacté négativement presque 52 % des terres, en particulier les zones cultivées. Selon la FAO, presque 200.000 km2 de terres agricoles perdent leur efficacité économique chaque année, dont 60.000 km2 sont converties en désert. S’attaquer au problème de la désertification exige une approche intégrée.

Les techniques de réhabilitation et de récupération aident à stopper la dégradation des terres et restaurent des terres déjà dégradées. Nous présentons plusieurs solutions concrètes de restauration à grande échelle de terres arides dégradées basées sur la rétention d’eau de pluie, la préservation des zones humides et d’autres lieux de végétation permanente.

Rajastan, Inde

Projet: Collecte traditionnelle de l’eau de pluie mise en oeuvre par Rajendra Singh depuis 1985

Emplacement: 27.4°N, 76.7°E – 28.4°N, 77.13°E

Rajastan Fig. 1: Emplacement du Rajastan, Inde[1]

Description de projet

Le travail de Tarun Bharat Sangh (TBS) consiste à concevoir des structures (johads) destinées à collecter l’eau. Les johads sont simples, des barrières de boue sont construites en travers du versant des collines pour arrêter le ruissellement de l’eau durant la mousson[1].

La hauteur de la digue varie d’un johad à l’autre, selon le site, l’écoulement de l’eau et la topographie du terrain.

Johads Fig. 2: La conservation de l’eau de pluie avec les johads[2]
Johads Fig. 3: Exemple de structure destinée à recueillir l’eau de pluie[1]

Résultats et avantages

Un johad a deux fonctions : il garde de l’eau pour le bétail et il permet à l’eau de s’infiltrer dans le sol. Il recharge l’aquifère situé en-dessous, jusqu’à un kilomètre de distance.

Dans les collines Aravalli, la plupart des johads sont construits tout le long du versant de la montagne afin d’arrêter et de conserver de l’eau de pluie.

La remise en fonction du système de johads a remonté le niveau de la nappe phréatique d’une profondeur d’environ 100‐120 m à 3‐13 m. La zone pratiquant une récolte unique est passée de 11 % à 70 %. La couverture forestière, qui était d’environ 7 % est passée à 40 %. Plus de 5000 johads ont été construits et plus de 2500 vieilles structures réhabilitées par les communautés dans 1058 villages depuis 1985. Ces structures ont fourni de l’eau pour l’irrigation à environ 140.000 ha[3].

JN-ba Fig. 4: La situation en 1985 et 2009

Darewadi, Inde

Projet: Organisation Espoir du Bassin Hydrographique (WOTR) cofondée par Hermann Bacher

Emplacement: 16 °N, 72 °E–22°N, 80°E

maharashtra Fig. 5: Emplacement du Maharashtra, Inde

Description du projet

Le projet a été lancé en 1996 et s’est concentré sur les activités de gestion du bassin hydrographique menées à partir des villages, afin de préserver les ressources naturelles et d’améliorer les conditions d’existence[4].

Plusieurs étapes ont été réalisées: développement des aires de captage pour améliorer l’écoulement de l’eau de pluie, en contrôlant l’érosion du sol, interdiction temporaire d’abattage d’arbres et de pâturage pour régénérer la forêt en replantant des arbres[5].

Résultats et avantages

Après 5 années d’activités de restauration, plus de 1500 ha de terre asséchée ont été restaurés, la pluviométrie est passé de 200 à 500 millimètres et les niveaux de l’eau dans les puits et de la nappe phréatique sont passés de 6 à 2,5 m[5].

Plus de 65 % des collines arides et des terres à l’abandon ont été plantées avec des arbres et de l’herbe. La biomasse pour le pâturage a augmenté de 170 %. Les terres cultivées sont passées de 197 ha à 342 ha[6].

rainfall Fig. 6: Pluviométrie et végétation sur le bassin hydrographique (source: base de données de WOTR)
rainveg Fig. 7: Augmentation de la pluviométrie et de la végétation avant/après (source: base de données de WOTR)
JN-ba2 Fig. 8: Le bassin hydrographique avant/après (source: base de données de WOTR)

Agriculture selon la Nature, Australie

Projet: Agriculture Selon la Nature (NSF) est un processus holistique de gestion des sols développé au départ par Peter Andrews au cours des années 1970

Situation: le Parc de Tarwyn, Bylong, Nouvelles Galle du Sud, Australie

JN-australia Fig. 9: Emplacement du Parc de Tarwyn

Description du projet

NSF se focalise sur les terres dégradées, la perte de biodiversité des berges et leur déconnexion des plaines inondables et des vallées[7]. La stratégie est basée sur le ralentissement du ruissellement de l’eau de pluie et sa conservation dans les réseaux complexes d’aquifères liés aux espaces naturels[7]. Cela se fait essentiellement en recréant les « chaîne d’étangs – complexes de prairies marécageuses » colonisés par des peuplements denses de roseaux.

Grâce à NSF, l’eau est conduite lentement à l’aval du cours d’eau dans la vallée, d’un captage à l’autre. Ces suites de niveaux structurels permettent de recharger un aquifère peu abondant et réduisent la vitesse d’écoulement de l’eau. La réalisation d’écoulements supplémentaires le long de la vallée permet à l’eau d’être redistribuée à travers la plaine inondable jusqu’au bord de la vallée. Le mouvement de l’eau est obtenu par un «déversoir percé» constitué de roches, de sédiments, d’arbres et de racines, imitant les obstacles d’origine naturel qui ralentissent l’écoulement[9].

JN-nsf Fig. 10: La séquence d’espaces naturels dans la plaine inondable suivant les esquisses de P. Andrews[8]
JN-wetland Fig. 11: Peter Andrews explique les principes de la stratégie de NSF (photo de J. Pokorny)
JN-wetland2 Fig. 12: Formation d’une zone humide d’écoulement, à la suite des actions de Peter Andrews (photo de J. Pokorny)

Résultats et avantages

En quelques années, le Parc de Tarwyn a été transformé, passant de l’état de patrimoine le plus malade du district à celui de patrimoine en meilleure santé. Le rétablissement du fonctionnement de la chaîne d’étangs a maintenu un niveau élevé de la nappe phréatique et a amélioré la biodiversité végétale et animale. La réalisation du NSF a réduit le creusement du lit des cours d’eau et l’érosion saline, a augmenté la sédimentation et le niveau de matière organique du sol ; cela a évité le tassement des sols et maintenu une structure du sol entraînant l’augmentation de la capacité de rétention d’eau dans le lit des cours d’eau et dans leurs plaines alluviales[7][8][9].

Références

[1] Gupta S (2011) Demystifying ‘tradition’: The politics of rainwater harvesting in rural Rajasthan, India. Water Alternatives 4(3): 347-364

[2] Hussain J, Hussain I, Arif M (2014) Water resources management: traditional technology and communities as part of the solution. Proc IAHS 364: 236 – 242

[3] Bhattacharya S (2015) Traditional water harvesting structures and sustainable water management in India: a socio-hydrological review. Int. Lett Nat Sci 37: 30 – 38

[4] Husain M, Chavhan FI, Sanap S (2015) Impact and effectiveness of watershed development in Darewadi. IJMTER 2(4): 345 – 349

[5] Rao KB, Mathur M (2012) Watershed development and livestock rearing: experiences and learning from the Watershed Organisation Trust, Maharashtra, India. Report. New Delhi, 56 pp.

[6]D’Souza M, Lobo C (2004) Watershed development, water management and the millennium development goals. Accessed 15 Oct 2013

[7] Andrews P (2006) Back from the Brink, ABC Books, Australia, 244 pp

[8] Tane H (2006) Restoring watershed systems by converting to Natural Sequence Farming. Proceedings of the First Natural Sequence Farming. Workshop, Natural Sequence Farming-Defining the Science and the Practice. Bungendore, NSW, Australia, SRCMA

[9] CSIRO Land and Water (2002) Expert Panel Report: The ‘Natural Farming Sequence’, Tarwyn Park, Upper Bylong Valley, New South Wales.

Poster en anglais d’où est issu cet article

Categories: Histoires d'Eau

1 Reponse jusqu'ici.

  1. Jacques Palmaire dit :

    L’introduction de cet article (données FAO) reste fort sujet à caution. En effet, malgré de nombreuses tentatives scientifiques depuis les années 70, on ne sait toujours pas quantifier le processus de désertification (qui n’est pas la désertisation/avancée du désert) et de dégradation des terres de manière fiable, d’autant que la dégradation des terres se produit à travers une bonne dizaine de mécanismes, très variés et plus ou moins combinés. Il ne faut donc pas en déduire que la restauration des terres est une panacée, d’autant plus qu’il ne s’agit pas seulement de techniques mais de processus économiques, sociaux, fonciers, politiques… complexes, qui peuvent recouvrir des logiques fort diverses et pas toujours vertueuses.