Forum Alternatif Mondial de l'Eau

On ne compte plus les hommages du chef Indien Evo Morales à la Terre Mère (Pachamama) ni ses exhortations à la préserver des blessures et des souillures que lui  infligent les capitalistes. Les Indiens ne sont-ils pas les défenseurs naturels de l’environnement ?

Cependant, on a rarement vu un gouvernement aussi peu soucieux d’accorder ses actes à ses paroles.  Au point que les catastrophes environnementales se multiplient sans que l’on voie poindre de politique préventive ou réparatrice cohérente. Pis encore, certaines décisions gouvernementales contribuent à aggraver la dégradation de l’écosystème.

Voyons le cas des zones lacustres.

Les lacs Poopó et Uru Uru

Le lac Poopó, second lac bolivien par sa superficie, s’est asséché dans une indifférence quasi générale. Non seulement c’est un désastre pour les espèces animales qui y vivaient (poissons, oiseaux, amphibiens…) ou profitaient de sa présence (mammifères) et pour la flore lacustre, mais c’est une tragédie pour les pêcheurs et les agriculteurs habitant son pourtour. Des centaines de familles ont dû s’exiler ; et les populations Uru-Chipaya, déjà fragilisées par la pression démographique des Aymara qui envahissent leurs terres, souffrent du bouleversement de l’écosystème sur lequel elles fondaient leur existence et leur culture.

J’ai déjà consacré un billet à l’évaporation des eaux du lac. Depuis lors, les pluies l’auraient rempli à nouveau à 50%. Mais une étude récente du Centro Latino Americano de Ecología Social (ClAES) tire la sonnette d’alarme en dénonçant l’extrême contamination du plan d’eau par les déchets miniers. Les eaux du lac reçoivent chaque jour une charge de métaux lourds très supérieure aux limites acceptables : «39 kg de cadmium, 3.969kg de zinc, 821kg d’arsenic et 73kg de plomb ».  Les animaux et les hommes qui continuent de vivre aux abords de ces eaux polluées souffrent de maladies et de déformations.

Les plans d’assainissement sont retardés par les entreprises minières des environs (principalement des coopératives, mais aussi la plus grande mine nationalisée du pays, Huanuni) qui profitent d’une législation déjà laxiste et de l’absence de volonté de faire appliquer les articles qui pourraient les gêner. Et pour comble, la loi de Minería y Metalurgia, votée en 2014, réduit encore le pouvoir de décision des communautés rurales riveraines et limite les droits indigènes -– sous la gouverne des seuls exploitants miniers guidés par leurs profits immédiats, l’environnement agraire et fluvial des carreaux des mines ne cesse de se détériorer.

Le lac Uru Uru voisin (21km de long et 16km de large), principalement alimenté par le río Desaguadero, qui borde la ville d’Oruro, est lui aussi à l’agonie. En décembre dernier, il ne comptait plus que 30cm d’eau au lieu d’1,50m. Réceptacle des eaux usées de la ville,  il est aussi contaminé par l’exploitation des mines (San José, Inti  Raymi, Itos…). «La pollution du lac ne provoque pas seulement la mort des poissons, elle affecte les embarcations, parce que les métaux lourds et le taux élevé de sel corrodent le métal ». Les animaux naissent estropiés, les poissons se raréfient, les oiseaux meurent inexplicablemen, tandis que la population souffre de maladies du système digestif.

Les dernières coopératives de pêche restantes  disparaissent. Les habitants des bords du lac sont contraints à l’exode. C’est ainsi que le bourg de Vito, qui comptait 800 personnes, a perdu 80% de sa population.

Lire la suite de l’article de Jean-Pierre Lavaud sur Mediapart

Categories: Histoires d'Eau

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