Forum Alternatif Mondial de l'Eau

Ce sont les habitants et les personnes âgées à faible revenu qui souffriront le plus de l’augmentation des tarifs qui s’annonce.

Baltimore water

Le cas de Baltimore est une bonne illustration des défis que rencontrent de nombreuses villes des États-Unis au sujet de leurs systèmes de distribution d’eau. Ici, chaque orage est la cause d’un nouveau débordement des égouts, le refoulement des eaux usées inondent les rez-de-chaussée et les ruptures de canalisations créent des embouteillages. La ville a connu près de 800 ruptures de canalisation l’année passée, ce qui est un progrès étonnant par rapport aux années précédentes.

Baltimore projette de consacrer pendant les six années qui viennent 2 milliards de dollars à l’amélioration de ses réseaux de distribution d’eau potable et de collecte des eaux usées. Ce projet salutaire devrait procurer de bons emplois locaux, contribuer à rendre notre eau potable saine et améliorer l’état de nos cours d’eau.

Mais comment allons-nous réaliser ces importants investissements et en même temps maintenir des tarifs abordables ? Un quart de la population de Baltimore vit dans la pauvreté, et le revenu moyen des ménages est seulement un peu plus élevé que la moitié (56%) du revenu moyen dans l’État.

Au total, les tarifs de la distribution d’eau potable et de l’assainissement ont plus que triplé depuis l’année 2000. À l’heure actuelle, la ville prévoit une nouvelle augmentation de 31%, mais, comme on le verra plus loin, en raison de nouveaux frais et de nouvelles baisses des aides sociales, les choses seront encore bien pires pour beaucoup de personnes âgées à faible revenu. Pour beaucoup d’habitants, les factures d’eau pourraient doubler durant les trois prochaines années.

Une augmentation de la facture d’eau qui pèse sur les foyers et les personnes âgées à faible revenu

Le service des travaux publics de Baltimore impose une hausse des tarifs de l’eau et de l’assainissement de 9,4% par an, ce qui donnera une augmentation cumulée de 32% en juillet 2018. Mais la ville ne fait pas qu’augmenter les tarifs, elle opère aussi des changements dans la facturation du service. Elle a ajouté de nouveaux frais fixes, supprimé le niveau d’utilisation minimum et restructuré la facturation volumétrique. Le résultat de ces changements est que le montant de la hausse est réparti inéquitablement.

Une chose est claire : c’est pour les ménages et les personnes âgées à faible revenu que cette hausse des tarifs pèse le plus lourd.

Ce sont les foyers qui n’utilisent pas beaucoup d’eau qui subiront les hausses les plus fortes sur leur facture d’eau. Les foyers habitant des maisons modestes avec des compteurs d’eau de 5/8 de pouce (15 mm), qui utilisent environ deux fois moins d’eau que la moyenne, verront en juillet 2018 une augmentation annuelle totale de 55%, soit 235 dollars. Dans le même temps, les foyers qui utilisent deux fois plus d’eau que la moyenne vont voir leur facture diminuer de 9% en octobre prochain, et une augmentation cumulée de seulement 9%, soit 161 dollars par an, en juillet 2018.

Il en résulte que ce sont de nombreux foyers à faible revenu qui vont voir leurs factures augmenter le plus. Les foyers à faible revenu utilisent moins d’eau que les consommateurs plus aisés qui ont de grandes maisons et de vastes pelouses. Par exemple, une étude portant sur la consommation d’eau par rapport au revenu à Los Angeles a montré que « en moyenne, les quartiers les plus riches consomment trois fois plus d’eau que les autres. » Dans le même temps, Baltimore va augmenter son aide aux faibles revenus de seulement 18 dollars par an et par foyer, ce qui est une goutte d’eau par rapport à toutes les augmentations que ces foyers subissent.

Pire encore, la ville est en train de supprimer les réductions en faveur des personnes âgées à faible revenu. La réduction existante de 43% ne s’appliquera pas aux nouveaux frais fixes. En conséquence, beaucoup de personnes âgées à faible revenu vont voir leurs factures augmenter dans des pourcentages plus importants. Par exemple, les personnes âgées à faible revenu qui consomment peu d’eau vont voir leurs factures d’eau doubler d’ici juillet 2018. Étant donné qu’elles ont des revenus constants, ces personnes sont très sensibles à de telles augmentations de tarifs.

Il est absolument honteux que les factures d’eau à Baltimore subissent des augmentations préjudiciables aux habitants et aux personnes âgées à faible revenu. Il faut à Baltimore une tarification plus équitable qui ne pénalise pas les consommateurs économes en eau, qui n’accable pas les foyers à faible revenu et ne mette pas en danger la santé des personnes âgées.

L’épidémie de coupures d’eau

Les autorités locales, entre autres celle de Baltimore, dépensent des milliards de dollars pour les nécessaires mises à niveau de leurs réseaux de distribution d’eau potable et de collecte des eaux usées, mais elles doivent faire face en même temps à un défi considérable, qui est de rendre le service de l’eau et de l’assainissement financièrement accessible. L’aide fédérale, qui permettait auparavant de financer les investissements importants dans les infrastructures pour l’eau, a considérablement fondu, et en l’absence d’un nouvel engagement fédéral, les villes se voient contraintes d’imaginer comment fournir de l’eau saine sans que leurs prix prohibitifs amènent les habitants à se priver de leurs services.

Ce problème devient particulièrement complexe dans une période où les inégalités de revenus se renforcent et où on a recours à des pratiques régressives de facturation de l’eau. Les foyers à faible revenu paient des factures d’eau d’un montant disproportionné à leurs revenus. Les conséquences se répercutent partout dans le pays, de Philadelphie à Détroit, et de San Diego à Baltimore : la généralisation des coupures d’eau.

L’année passée, Baltimore a effectué des coupures d’eau dans plus de 8000 foyers, ce qui correspondait à 20.000 personnes, dont beaucoup ne sont vraiment pas en mesure d’acquitter une facture d’eau en augmentation constante. Cette année, la ville a jusqu’à maintenant coupé l’eau à 965 foyers et ne l’a rétabli que pour 189 foyers. Sans eau courante, les gens ne peuvent pas cuisiner, se laver, se laver les mains ou actionner leurs chasses d’eau. Les factures d’eau qu’on ne peut pas payer peuvent même entraîner des expulsions.

L’accès à l’eau est un droit humain fondamental, et pour jouir de ce droit, les gens doivent pouvoir être en mesure de payer le coût du service. Les Nations Unies ont établi que pour que le service de l’eau et de l’assainissement soit considéré comme accessible, le montant des factures ne doit pas excéder 3% du revenu du foyer. Notre étude d’avril dernier a montré qu’à Baltimore, les factures courantes d’eau et d’assainissement excédaient déjà les possibilités financières de plus d’un tiers des foyers.

En l’absence d’un programme sérieux prenant en compte les revenus, de plus en plus de familles de travailleurs, de personnes âgées et de foyers à faible revenu vont être dans l’incapacité de payer leurs factures d’eau et s’exposent à être exclus du service de l’eau, ou à perdre leur logement.

Une solution globale

Il faut que Baltimore trouve une solution globale pour le problème des factures d’eau inabordables. Il ne semble pas possible qu’une tarification, quelle qu’elle soit, puisse à elle seule rendre le service de l’eau accessible à tous les habitants, pour la raison qu’il existe de trop nombreux éléments qui influent sur l’utilisation basique de l’eau : combien de personnes vivent dans le logement, de quand date le logement, de quand datent les toilettes, les installations et les appareils électroménagers, y a-t-il des fuites, est-ce que le logement possède un lave-vaisselle ou un lave-linge. La prise en compte de toutes ces variables nécessiterait une gestion très lourde et échouerait à garantir que chaque foyer soit en mesure de payer ses factures d’eau.

La vraie solution est un programme d’accès à l’eau basé sur le revenu, ce qui permettrait à chaque foyer de payer des factures d’eau en fonction de ses possibilités. L’année passée, le conseil municipal de Philadelphie a adopté à l’unanimité un décret qui met en place un tel programme. Il faut que Baltimore suive l’exemple de Philadelphie et agisse dès maintenant.

Il faut que notre service de l’eau et de l’assainissement dispose du financement qui lui permette de réaliser les investissements que requiert la fourniture d’une eau saine et sûre, mais il faut en même temps être assurés que ce service soit financièrement accessible pour tous les habitants. L’accès universel à une eau saine est essentielle pour la santé, le bien-être de la population et la dignité humaine fondamentale.

Baltimore se doit de rejeter les modifications de tarifs programmées jusqu’à ce que soit mis en œuvre un programme d’accès à l’eau basé sur le revenu.

Traduction en français d’un article de Food & Water Watch

Categories: Histoires d'Eau

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