Forum Alternatif Mondial de l'Eau

L’eau est une ressource naturelle et un droit fondamental. Elle est essentielle pour la vie et une condition de base pour accéder à d’autres droits tels que le droit à la santé, à la nourriture et au bien-être général de la population.

La crise de l’eau qui se produit en ce moment sur le territoire national de la Bolivie a été provoquée par la dégradation des sources naturelles et des cycles de l’eau, par les impacts du changement climatique, et aggravée à l’extrême par une administration de l’Etat qui va à l’encontre des principes du droit humain à l’eau, de la justice climatique et des soins à la Terre Mère.

Cette crise, qui est devenue une crise humanitaire de proportions alarmantes dans certaines régions et villes de Bolivie, a obligé la population à chercher de l’eau potable dans des conditions précaires, souvent en dehors du système d’assainissement. Cela affecte les personnes les plus vulnérables de la population – les femmes en particulier, qui sont forcées d’user davantage de leur temps, sacrifiant les moments pour se reposer et se soigner et risquant leur sécurité personnelle, pour chercher de l’eau à l’extérieur de leur foyer.

Cependant, cette crise est aussi l’occasion de mettre en pratique un changement fondamental, social et systémique; un changement dans le modèle d’organisation sociale et productive et dans les valeurs sociales – un changement qui pourrait nous conduire vers une société plus forte, résiliente et juste agissant en solidarité avec tous les peuples, une société institutionnellement et socialement capable de prendre soin de notre eau et qui aurait donc la capacité de réagir aux changements mondiaux.

En raison de ce qui précède, en tant que citoyens boliviens qui ont le droit inaliénable et légitime de s’exprimer sur cette crise de l’eau et sur d’autres problèmes nationaux – en dépit des accusations gouvernementales condamnant les protestations des citoyens – nous demandons:

  • Que le gouvernement, les responsables des départements et des communes assument leurs responsabilités respectives pour une gestion efficace de l’eau et qu’ils investissent de manière responsable dans des réseaux d’eau douce pour la consommation humaine et l’agriculture. Nous voulons que le gouvernement et les responsables des départements se concentrent sur la construction de systèmes énergétiques propres tels que l’éolien et le solaire, investissent dans une transition juste, investissent dans les soins de santé, la sécurité et la vie de la population, et en particulier pour prévenir la violence et le machisme contre les femmes et les filles au lieu de se concentrer sur des projets non viables. Nous voulons que les autorités investissent dans la vie, pas dans la mort.
  • La fin des dépenses exorbitantes pour les luxueux bâtiments de l’État, et pour la sécurité, les voyages et le confort de la nouvelle élite au pouvoir, au détriment de nos biens, de nos vies et de notre santé.
  • L’arrêt des investissements dans les politiques et les méga-projets écologiquement et socialement insoutenables, opaques, inefficaces et qui ont de graves répercussions sur le cycle de l’eau, sur nos écosystèmes et sur les droits des peuples autochtones, tels que:
    • Le grand barrage hydroélectrique d’El Bala-Chepete, avec un coût initial scandaleux de près de 7 milliards de dollars. Ce grand barrage détruirait 676,72 kilomètres carrés de forêt amazonienne, provoquant la disparition d’espèces végétales et animales, l’inondation des territoires des peuples indigènes, le déplacement des terres communales officielles du peuple Mosetén, le déplacement des peuples Leco et Takana, des habitants de San José de Uchupiamonas, des peuples Torewa, Esse eja, Chimán, et de toutes les communautés qui habitent la région amazonienne du département de La Paz;
    • Le Centre de recherche nucléaire (CIDETEN) dans la ville d’El Alto – un projet d’un coût de 300 millions de dollars, qui viole l’article 344 de notre Constitution, un article interdisant le transit des déchets nucléaires sur le territoire bolivien. L’accord bilatéral signé entre la Russie et la Bolivie viole également la loi bolivienne;
    • Le Droit minier (approuvé en 2014), qui ne reflète que les intérêts du secteur minier, et a affaibli le processus de consultation préalable établi par l’OIT, permettant aux exploitations minières de contaminer les masses d’eau à leur seul bénéfice. Il est scandaleux que ce droit ait accru les prélèvements d’eau par les exploitations minières, obligeant les agriculteurs et de nombreuses familles à quitter leurs terres;
    • Les politiques et décrets officiels visant à doubler le PIB agricole, ce qui provoque une déforestation massive et des milliers de feux de forêt.
  • Au lieu de cela, nous demandons de réels investissements et des efforts sérieux pour préserver le cycle de l’eau, et une gestion publique de l’eau responsable, efficace, démocratique, équitable, participative et exempte de prébendes, népotisme, corruption et négligence.
  • Une réponse responsable, rapide et efficace à la crise de l’eau qui assure la santé et la sécurité de la population, et fournit de l’eau propre et potable, sans excès de chlore et sans contamination et micro-organismes dangereux pour la santé.
  • Un audit public et transparent avec des observateurs internationaux des Nations Unies, de l’Organisation Mondiale de la Santé et de l’Organisation panaméricaine de la santé, portant sur des organismes d’Etat tels que l’Entreprise publique sociale de l’eau et de l’assainissement (EPSAS), l’Autorité de surveillance et de contrôle social de l’eau potable et de l’assainissement (AAPS), le Ministère de l’environnement et de l’eau, et l’État lui-même – sur la manière dont l’État a anticipé la crise de l’eau, sur la manière dont la crise est apparue et sur la manière dont l’État a réagi à cette crise. Nous ne sommes pas intéressés par une enquête sur les seuls fonctionnaires subalternes qui exonèrent les chefs d’Etat de leurs responsabilités dans cette crise, et nous ne sommes pas intéressés par des débats parlementaires inutiles qui ne conduisent pas à une amélioration de la gestion. Il doit y avoir des responsabilités établies à différents niveaux de l’exécutif, parties prenantes des fonctions des acteurs publics, obligés de rendre des comptes au peuple, et qui doivent faire face à la possibilité de sanctions devant la loi s’ils ne s’y conforment pas. Leur travail doit être efficace, transparent et exempt de négligence.
  • Compensation aux citoyens pour le préjudice causé par l’absence de précautions nécessaires en dépit de la connaissance par l’État de la crise imminente, d’autant plus que l’eau est un droit humain fondamental inscrit dans la Constitution de l’Etat bolivien.
  • Priorité donnée aux mesures qui protègent nos forêts, luttent contre la déforestation et pour la restauration de nos écosystèmes, aquifères et masses d’eau, en accordant une attention particulière aux zones qui nécessitent d’urgence la décontamination des rivières et des lacs ; il faut que l’État évite de tomber dans des solutions précipitées qui affectent négativement les écosystèmes, mais plutôt qu’il prenne la responsabilité de solutions durables et globales.

Nous appelons à une participation citoyenne active et engagée dans l’exercice du droit humain à l’eau, un bien qui ne doit pas tomber entre les mains des entreprises privées ni relever de l’usage abusif et négligent de l’État. Nous appelons à des actions citoyennes pour l’eau en tant que commun et agissons en solidarité pour prendre soin et préserver cette source de vie afin de mettre en pratique le principe de l’eau en tant que droit humain universel.

Décembre 2016

Constitution de l’Etat plurinational de Bolivie

Article 16 I. Toute personne a droit à l’eau et à la nourriture. II. L’Etat a l’obligation de garantir la sécurité alimentaire, par une alimentation saine et suffisante pour l’ensemble de la population. (Ce sont les plus fondamentaux des Droits)

Article 373 I. L’eau constitue un droit fondamental à la vie, dans le cadre de la souveraineté du peuple. L’État doit promouvoir l’utilisation et l’accès à l’eau sur la base des principes de solidarité, de complémentarité, de réciprocité, d’équité, de diversité et de durabilité.

Article 374 I. L’Etat doit protéger et garantir l’utilisation prioritaire de l’eau pour la vie. Il est du devoir de l’Etat de gérer, réglementer, protéger et planifier l’utilisation adéquate et durable des ressources en eau, avec la participation sociale, garantissant l’accès à l’eau pour tous les habitants.

Signatures

Categories: Histoires d'Eau

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