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Baltimore s’apprête à devenir la première ville américaine à modifier sa charte pour interdire les concessions et la vente de ses réseaux de distribution d’eau potable et de collecte des eaux usées.

Aujourd’hui, le conseil municipal de Baltimore, sous la conduite de son président, Bernard « Jack » Young, a marqué l’histoire en votant à l’unanimité pour amender la Charte de la ville afin de déclarer le réseau de collecte des eaux usées et le système d’approvisionnement en eau potable comme étant « inaliénables ». Baltimore est en mesure de devenir la première ville du pays à modifier sa charte pour interdire la vente et la concession de ses réseaux de distribution d’eau potable et de collecte des eaux usées.

La privatisation de l’eau est devenue une question très controversée dans la ville de Baltimore depuis plusieurs années, car de multiples sociétés de distribution d’eau ont exprimé leur intérêt pour le système d’approvisionnement en eau de la ville. À l’échelle nationale, l’administration Trump a publié un plan pour les infrastructures qui repose en grande partie sur l’investissement privé.

« J’ai toujours été un partisan de la conservation des actifs de notre ville, c’est pourquoi je suis totalement opposé à la privatisation du système d’eau de Baltimore », a déclaré Bernard C. « Jack » Young, président du conseil municipal. « L’accès à une eau propre et abordable devrait être considéré comme un droit humain fondamental ».

La mairesse Catherine Pugh doit signer la résolution d’ici le 13 août pour que la modification de la charte soit présentée aux électeurs lors du scrutin de novembre. Pugh a d’abord proposé cette modification de la charte à la fin juin en réponse aux préoccupations du public au sujet d’autres propositions de charte qui auraient facilité la privatisation du réseau de distribution d’eau.

« Les réseaux de distribution d’eau potable et de collecte des eaux usées de la ville sont un atout inestimable pour les citoyens de Baltimore et je suis déterminée à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger cette ressource vitale et veiller à ce qu’elle demeure fiable, propre et abondante », a déclaré la mairesse Catherine Pugh. « Par conséquent, je suis ravie que le conseil municipal soutienne mes efforts antérieurs pour sauvegarder le système d’eau de la ville de Baltimore et exige qu’il soit toujours exploité dans le meilleur intérêt de ceux qui en dépendent, et pour les générations à venir ».

La privatisation de l’eau se traduit généralement par une augmentation de la facture d’eau des ménages. Une enquête menée par Food & Water Watch auprès des 500 plus grands réseaux d’approvisionnement en eau a révélé que les opérateurs privés facturent 59 % de plus que les opérateurs publics pour la même quantité d’eau. Il s’agit d’une préoccupation particulière pour la ville de Baltimore, car elle est aux prises avec les difficultés des usagers à payer l’eau. Une étude réalisée par le consultant indépendant Roger Colton a révélé que les factures d’eau deviendront inabordables pour plus de la moitié des ménages de la ville d’ici 2019 avec l’adoption de la plus récente hausse des tarifs.

« La privatisation de l’eau est tout simplement contraire à l’éthique, immorale et dangereuse », a déclaré Rianna Eckel, représentante de Food & Water Watch au Maryland. « Une telle perte de contrôle local peut entraîner une hausse vertigineuse des factures d’eau, l’escalade du taux de coupures d’eau, la réduction des emplois dans le secteur public et la détérioration de la qualité du service. Baltimore sera un héros public de l’eau lorsque cette législation sera adoptée – et devrait servir d’exemple pour d’autres villes à travers le pays ».

« AFSCME Maryland Council 67 s’est toujours battu aux côtés de nos alliés pour garder notre eau publique. En privatisant les réseaux de distribution d’eau potable et de collecte des eaux usées, les autorités locales cèdent le contrôle d’une ressource publique vitale », a déclaré Glen Middleton, directeur exécutif de l’AFSCME Maryland Council 67 et président de Maryland Public Employees, section locale 44 de l’AFSCME. « Non seulement la privatisation de l’eau augmentera les tarifs de l’eau dans toute la ville, mais elle privera également les communautés à faible revenu et les communautés de couleur de l’accès à une eau propre et salubre. Un service que nos membres, les employés municipaux de Baltimore, section locale 44 de l’AFSCME, s’efforcent de fournir. C’est pourquoi le projet de loi 18-0271 est nécessaire pour notre ville. Il est temps que Baltimore crée un précédent pour les villes de tout le pays. Gardez la privatisation de l’eau loin de nos communautés ».

Sous réserve de l’approbation de la mairesse et des électeurs de la ville, Baltimore serait la première ville du pays à modifier sa charte pour préserver la propriété et le contrôle publics de ses réseaux de distribution d’eau potable et de collecte des eaux usées. Ce serait la plus grande ville des États-Unis à interdire toute vente ou concession de son réseau de distribution d’eau. Cela ferait suite à l’adoption d’une ordonnance à Northampton, Massachusetts, en 2016, interdisant la vente et la concession du réseau de distribution d’eau de la ville.

« Baltimore a été et est un chef de file dans le domaine des réseaux municipaux de distribution d’eau. M. Wolman, un employé du secteur public, a conçu un système qui fait l’envie de l’Amérique », a déclaré Alvin C. Hathaway Sr, pasteur, Union Baptist Church. « La ville de Baltimore ne devrait jamais oublier son rôle et sa responsabilité à fournir de l’eau salubre, propre et abordable à ses habitants. Par conséquent, ne privatisez jamais ! »

Traduction en français d’un article de Food & Water Watch

Categories: Histoires d'Eau

1 Reponse jusqu'ici.

  1. Jacques Lacote dit :

    Bonsoir,
    Il n’y aurait donc pas que des Trump aux Etats-Unis ?!
    Qui va pouvoir mobiliser suffisamment de bonnes volontés pour, enfin, imposer une gestion réaliste de l’eau en Europe et ailleurs.
    Il ne s’agit plus d’une simple opposition de doctrines public-> privé mais d’une urgente nécessité de préserver la ressource pour en assurer la collecte, la distribution et l’assainissement hors de toute notion de rendement financier à court terme.
    Il est maintenant évident que l’eau n’est pas du tout une marchandise mais un élément indispensable à toute vie sur terre et qui impose donc une approche uniquement scientifique.

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