Forum Alternatif Mondial de l'Eau

Traduction en français de l’appel de la Coordinadora Ciudadana No Alto Maipo publié sur le site web de piensaChile

La Coordinadora Ciudadana No Alto Maipo appelle les citoyens à contrôler l’approvisionnement et la qualité de l’eau potable de la ville de Santiago, en exigeant que l’entreprise d’eau et d’assainissement Aguas Andinas mette fin au contrat qu’elle a signé en secret avec l’entreprise américaine Aes Gener, où elle cédait l’utilisation de ses droits d’eau pour la production privée d’électricité.

Pourquoi l’approvisionnement en eau et sa qualité sont-ils menacés ?

L’eau que boivent les habitants de Santiago provient des lagunes Negra et Lo Encañado et du réservoir El Yeso. Les droits sur ces eaux ont été cédés par l’État à Aguas Andinas, à la condition que la société fournisse les services d’eau et d’assainissement et réponde aux besoins en eau des millions d’habitants de la ville.

La mission d’Aguas Andinas est de veiller à la protection de cette eau. C’est pourquoi le conseil d’administration a soigneusement analysé le projet hydroélectrique d’Alto Maipo, que l’entreprise Aes Gener a présenté au service d’évaluation environnementale en 2008, et s’est opposé à son approbation au motif que l’étude d’impact environnemental n’était pas fiable et que la construction même du projet affecterait gravement l’approvisionnement en eau potable de Santiago.

L’inquiétude était telle que dans un document envoyé à la commission d’évaluation environnementale, le président d’Aguas Andinas de l’époque, Felipe Larraín Aspillaga, avait prévenu que :

« Le système de captage et de restauration du débit du fleuve Maipo et sa gestion opérationnelle impliqueront, dans certaines circonstances, un déficit de la ressource, ce qui empêchera de répondre à la demande de ses clients, générant une pénurie d’eau pour la ville de Santiago. À la simple lecture de l’étude d’impact environnemental, cela pourrait se produire dans des situations de démarrage, de maintenance ou d’imprévus liés au projet d’hydroélectricité d’Alto Maipo ».

Le conseil d’administration formulait plein de critiques à l’égard du projet et d’avertissements sur des facteurs indispensables non pris en compte. L’accent a été mis sur l’effet sur la qualité de l’eau résultant de l’enlèvement des roches, de la contamination par les métaux lourds et de la modification temporaire des écoulements. Il a également mis en garde contre le déversement d’eaux usées dans la rivière et la réduction du débit dans certaines sections, ce qui affecterait le dragage des sédiments utilisés pour la construction et l’enlèvement de roches ou de matériaux nuisant ainsi à l’infrastructure du réseau.

La bonne gestion d’Aguas Andinas, qui était la pierre angulaire du projet, a pris fin lorsque les intérêts économiques de Piñera, Luksic et Aes Gener ont prévalu sur le bien commun et les droits des citoyens.

Sous prétexte d’obtenir des capitaux pour accélérer la reconstruction des zones touchées par le tremblement de terre de 2010, le président Sebastián Piñera a mis en vente les actions que l’État détenait dans l’entreprise Aguas Andinas et l’homme d’affaires Andrónico Luksic – qui était partenaire d’Aes Gener dans le projet Alto Maipo – a acheté 40,2 % des actions, par l’intermédiaire de Banco de Chile et Inversiones Arizona S.A., et a installé son ami et homme de confiance, Rodrigo Manubens, dans le conseil d’administration.

Quelques jours après l’arrivée de Manubens au conseil d’administration, le 22 décembre 2010, Aguas Andinas a informé la Surintendance des valeurs mobilières et des assurances de sa décision de négocier avec Aes Gener et, en juin 2011, a signé un contrat secret cédant à Aes Gener l’usage de ses droits d’eau – le réservoir El Yeso et les lagunes Negra et Lo Encañado – pour la production d’électricité.

Mais Aguas Andinas n’a pas signé l’accord pour des clopinettes. En échange de l’abandon de ses droits d’eau, Aguas Andinas recevra une énorme somme d’argent équivalant à la moitié des revenus générés par le projet hydroélectrique d’Alto Maipo – de l’argent qu’elle ne partagera évidemment pas avec ses clients et qui n’entrainera pas la réduction de la facture d’eau payée par les citoyens.

En signant l’accord, la société est entrée dans le secteur de la production d’électricité, ce qui, selon la loi générale sur les services d’eau et d’assainissement, est illégal. Le contrat comporte plusieurs autres illégalités, c’est pourquoi il est resté caché jusqu’en 2013, lorsque la Coordinadora Ciudadana No Alto Maipo a pu accéder à son contenu après avoir engagé des poursuites judiciaires.

Parmi tous ces désastres, causés par la cupidité et la corruption, il y a une bonne nouvelle pour les citoyens. Le contrat comporte une clause dans laquelle Aguas Andinas se réserve le droit de révoquer ou d’annuler l’accord si les turbines de production d’électricité ne sont pas mises en service d’ici décembre 2019. L’échéance est déjà passée et les turbines n’ont pas commencé à fonctionner.

Comment ont-ils pu manquer ce détail, demandez-vous ? Felipe Larraín avait raison, les études ont été si mal faites qu’en 2011, elles ne pouvaient pas prévoir l’effondrement des tunnels ni les difficultés qui ont entraîné un allongement des délais et une augmentation de 300 % des coûts ; ce qui fera de l’électricité d’Alto Maipo la plus chère facturée au Chili, si nous leur permettons de la produire.

Huit ans plus tard, le projet est toujours en construction et les dommages socio-environnementaux qu’il a causés sont irréparables. En outre, nous connaissons la pire sécheresse du siècle, avec la disparition de rivières, de forêts, de zones humides et des habitants de la région métropolitaine qui sont approvisionnés par des camions citernes, alors que l’eau de Santiago continue d’être gaspillée par une entreprise privée et étrangère qui la met en danger.

Nous devons y mettre un terme et cela signifie ne plus tolérer la conduite corrompue et criminelle d’Aguas Andinas, d’Aes Gener, du surintendant des services de l’eau et de l’assainissement, de la direction générale des eaux, de l’État et du gouvernement.

C’est pourquoi nous exigeons qu’Aguas Andinas agisse de manière responsable et, tout comme elle a demandé à la direction générale de l’eau d’émettre un décret pour une zone de pénurie d’eau pour la région métropolitaine parce qu’elle considère que le bassin du fleuve Maipo est en danger, qu’elle respecte également son obligation légale d’assurer la qualité et l’approvisionnement en eau potable de la ville de Santiago, en mettant fin à son contrat avec Aes Gener et au projet nocif d’Alto Maipo.

Le documentaire Defiende Maipo

Signez cette pétition et sauvons l’eau de Santiago et de l’aire métropolitaine.

Coordinadora Ciudadana No Alto Maipo

Categories: Histoires d'Eau

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